Un livre peut en cacher un autre

Les relieurs ont toujours été des grands adeptes du recyclage, bien avant les mouvements écolo du XXe siècle ! Mais les relieurs des siècles précédents ne réutilisaient pas n’importe quoi, et pas par conscience environnementale : pour économiser sur les matériaux, ils intégraient dans leurs travaux des papiers et parchemins considérés à l’époque comme des déchets, plutôt que d’utiliser des matériaux neufs et chers. Ces matériaux de recup’ étaient surtout destinés à renforcer la structure du livre, et finissaient donc caché par la couverture et les pages de garde, oubliés pendant plusieurs siècles.


Le proverbe anglophone « one man’s trash is another man’s treasure » (la poubelle de l’un est le trésor d’un autre) s’applique parfaitement à ces recyclages, car ces morceaux de papiers et de parchemins peu considérés à l’époque apprennent énormément de choses aux historiens d’aujourd’hui.


  • On peut ainsi déterminer ce qui a de la valeur ou non à l’époque où la reliure a été réalisée : des textes considérés comme obsolètes, une comptabilité qui n’est plus d’actualité, des copies ratées réalisées par des étudiants … beaucoup de documents qui tendent à ne pas traverser les siècles car les archiver prend de la place.
  • On peut aussi retrouver des textes rares, protégés par la reliure et l’oubli ! Cependant, lire ces textes cachés n’est pas une mince affaire : cela nécessite parfois une destruction de la reliure pour les récupérer, ou l’utilisation de nouvelles technologies. Par exemple, au XVIe siècle, un relieur a intégré dans son travail un texte de loi romaine datant du VIe siècle, révélé grâce à des techniques d’imagerie spécialisées.

Parfois c’est lors de leur restauration par des relieurs-conservateurs, qui démontent soigneusement les parties de la reliure pour les réparer, que ces trésors sont découverts. C’était le cas dans ma ville, Strasbourg, où un sacramentaire en parchemin écrit au VIIIe siècle a été retrouvé par l’atelier des archives municipales de Strasbourg dans la reliure d’un livre imprimé en 1490. Leur aventure peut être lue dans le DNA qui a fait un article très complet sur le sujet (vous y apprendrez notamment ce qu’est un incunable, on en reparlera ici plus tard !)


Un exemple de « document obsolète » qui vient renforcer les plats d’un livre en cours de création dans mon atelier.

Si un jour un historien décortique vos carnets faits par l’atelier, ils trouveront .. des feuilles cansons avec des devoirs d’art plastique de collège, et des fiches de révision !


Quels documents que vous ne gardez pas* pourraient un jour être considérés comme des trésors par les historiens ? Partagez-les dans les commentaires !

*si vous les jetez, c’est dans la poubelle jaune bien sûr, on recycle tout !


Pour aller plus loin :

Un fragment de Rémi d’Auxerre dans la reliure d’un manuscrit du Mont Saint-Michel (article très détaillé avec une analyse du texte découvert) :

Publié dans : Blog

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